C'est quoi la néophobie?
La néophobie alimentaire est un sentiment de peur face à de nouveaux aliments. Les enfants présentent alors une grande réticence à goûter les mets inconnus et ont tendance à trouver mauvais tout nouvel aliment qu’ils acceptent de goûter. La néophobie est aussi associée à la crainte de connaître une mauvaise expérience lors de la consommation d’un nouvel aliment.
Différents comportements caractérisent la néophobie, entre autres :
- Trier les aliments mélangés
- Examiner les aliments
- Grimacer
- Mâcher longuement
- Tourner et retourner les aliments avec la fourchette
- Refuser l’aliment sans le goûter
- Recracher
- Sentir l’aliment
- Vomir lorsque forcer d’avaler
- Repousser l’assiette ou la cuillère
- Détourner la tête
- Refuser d’ouvrir la bouche.
Le déclenchement
Certaines hypothèses ont été avancées afin d’expliquer la présence de néophobie :
- La phase du « non », soit l’opposition aux parents;
- La recherche de sécurité en période de changement (nouvel environnement, nouveau milieu scolaire, apprentissages multiples, etc.);
- La recherche d’autonomie (capacité de choisir et de se nourrir seul);
- La rigidité perceptive (toute nouvelle méthode de présentation d’un même produit est considérée comme un nouvel aliment).
Les importants changements que vit l’enfant ainsi que sa perception croissante de son contrôle sur son entourage permettent de mieux comprendre le besoin de celui-ci de se créer des repères et de stabiliser son univers.
Un peu ou très néophobique?
Lors de néophobie, les enfants peuvent présenter différents degrés de résistance face aux nouveaux aliments :
Référence : « La naissance du goût » de Nathalie Rigal
Il est estimé que le ¾ des enfants de 2 à 10 ans refusent spontanément de goûter les produits qu’il ne connaît pas. Avec le temps, la néophobie s’atténuera et l’enfant demandera par lui-même de goûter des mets inconnus.
Quelques trucs
Lorsque la néophobie du petit mangeur fait surface, il ne faut surtout pas paniquer! En effet, il est possible d’atténuer progressivement la néophobie de l’enfant grâce à certains trucs d’apprentissage et à un environnement facilitant.
- La familiarisation : Moins un aliment est familier, plus il suscite de la méfiance. Ainsi, plus l’enfant goûte à l’aliment, plus celui-ci apprendra à l’apprécier. N’hésitez pas à présenter plusieurs fois un aliment, et ce, même s’il n’a pas très bien été reçu la première fois. Soyez patient, car il est très rare que la néophobie se soit estompée après la première consommation. Au moins cinq expositions sont souvent nécessaires avant que le petit mangeur accepte de son plein gré de manger l’aliment. Ce processus peut parfois s’avérer très long et demander de 15 à 20 expositions. Plus l’enfant est néophobique, plus il lui faudra goûter les aliments avant que celui-ci ne les accepte. Attention! Il ne faut toutefois pas saturer l’enfant de ce plat! Il est préférable de présenter les mets rejetés une fois par mois et, ainsi, de l’alterner avec d’autres mets.
- Éviter les trop grands changements : Présenter les aliments moins appréciés toujours sous la même forme permet aux enfants de se familiariser avec ces mets et d’avoir des points de repère (références stables). En effet, si un aliment n’est pas préparé selon les mêmes méthodes culinaires que lors des expositions précédentes, celui-ci sera perçu comme un nouveau produit. Une fois l’enfant familier avec cet aliment, vous pourrez alors vous permettre certaines fantaisies.
- Cadre facilitant : Tout le processus de familiarisation doit être effectué dans un contexte chaleureux. Les enfants ont tendance à associer le contexte de consommation à l’aliment. Il faut donc éviter le plus possible les contextes de consommation négatifs (chicanes, maux de ventre, etc.). En aucun temps l’enfant ne doit se sentir forcé de manger! En adoptant pour une attitude ferme et chaleureuse, il sera plus facile d’inciter l’enfant à goûter aux plats et à leur faire apprécier (exemple : « Voilà le menu que je nous ai préparé avec amour »).
- Donner l’exemple : L’enfant acceptera plus facilement de goûter de nouveaux mets en présence d’amis qui apprécient cet aliment. Les nouveaux produits sont en effet plus facilement acceptés lorsqu’une personne de son entourage, parent, ami, éducatrice ou autre, consomme l’aliment avec entrain. La consommation de nouveaux aliments par des personnes familières permettra d’apaiser et de rassurer la néophobie de l’enfant.
- Faire participer les enfants à la préparation du repas : Il semblerait qu’en favorisant le contact de l’enfant avec les aliments avant que ceux-ci ne se retrouvent dans son assiette améliore leur acceptation. Ainsi, l’implication des enfants dans la préparation des mets ou dans la confection d’un jardin potager favoriserait la consommation des aliments manipulés. Les enfants aiment agir en grand! Permettez-leur de prendre quelques initiatives comme le choix des légumes d’accompagnement. Toutefois, l’implication des enfants dans la cuisine ne garantit pas une diminution de la néophobie. Il faut donc davantage voir la collaboration de vos petits mangeurs en cuisine comme une opportunité d’avoir du plaisir et de partager un bon moment avec vos enfants.
- Apprendre le bon vocabulaire : Mettre des mots sur les aliments, sur la description de ceux-ci et sur leur provenance permet de familiariser les enfants avec les produits alimentaires et, par le fait même, de connaître ce qu’ils apprécient ou non des mets. N’hésitez pas à faire des dégustations et à dire ouvertement pourquoi un mets vous plait ou non. Votre petit mangeur sera alors plus en mesure d’exprimer ses propres goûts et d’adopter une attitude plus nuancée (moins néophobique) lorsque de nouveaux plats sont au menu.
- Goûter progressivement : Inviter les enfants à goûter progressivement les aliments qu’ils apprécient moins, tout comme le font certaines familles mexicaines : les enfants sont invités à ajuster graduellement l’assaisonnement de leurs mets afin d’apprivoiser la sensation de brûlure que provoque la consommation de piments forts.
- Gratifier l’enfant pour ses efforts : Il est important de reconnaître les efforts que l’enfant fait lors de la consommation de nouveaux mets ou d’aliments moins appréciés. Il sera ainsi davantage motivé et enclin à renouveler l’expérience et à goûter de nouveaux mets.
Facteurs aggravants
Certaines personnes pourraient être tentées d’avoir recours au chantage ou à la punition afin d’inciter les enfants à goûter de nouveaux mets. Toutefois, cette méthode va à l’encontre du processus de familiarisation dans un climat chaleureux et risque de rendre encore plus difficile l’acceptation des aliments en cause. En effet, toute pression exercée sur l’enfant afin de le forcer à manger un nouveau produit risque de renforcer la néophobie pour cet aliment.













