La néophobie alimentaire

Par les nutritionnistes de Nos petits mangeurs
Offended little boy refuses to eat dinner

Vous avez sans doute déjà entendu les enfants de votre groupe prononcer la célèbre phrase « J’aime pas ça » avant même d’avoir pris une seule bouchée du nouveau plat présenté. Ne vous découragez pas, ce refus de goûter des nouveaux aliments est tout à fait normal et s’appelle la néophobie alimentaire. Voici comment aider les enfants à développer leur goût malgré cette difficile étape.

La néophobie c’est quoi?

La néophobie alimentaire est un sentiment de peur face à de nouveaux aliments. Les enfants présentent alors une grande réticence à goûter les mets inconnus et ont tendance à trouver mauvais tout nouvel aliment qu’ils acceptent de goûter. La néophobie alimentaire se manifeste par divers comportements, dont :

  • Trier les aliments mélangés
  • Examiner les aliments
  • Grimacer
  • Mâcher longuement
  • Tourner et retourner les aliments avec la fourchette
  • Refuser l’aliment sans le goûter
  • Recracher
  • Sentir l’aliment
  • Vomir lorsque forcé d’avaler
  • Repousser l’assiette ou la cuillère
  • Détourner la tête
  • Refuser d’ouvrir la bouche

Le déclenchement

Environ le 3/4 des enfants de 2 à 10 ans traversent une période de néophobie alimentaire. Le déclenchement coïncide souvent avec la phase du non durant la petite enfance, mais elle survient parfois plus tard. La recherche d’autonomie (capacité de choisir et de se nourrir seul) et la recherche de sécurité en période de changement (nouvel environnement, nouveau milieu scolaire, apprentissages multiples, etc.) expliqueraient aussi en partie ce phénomène. Les enfants ont besoin de se créer des repères et de stabiliser leur univers.

Difficiles? Non, néophobes!

Il est important de réaliser que les enfants ne sont pas simplement « difficiles », mais qu’ils traversent plutôt une étape normale du développement du goût.

Quelques trucs

La néophobie alimentaire s’atténue au fil du temps. Voici ce qui peut aider.

La familiarisation : Il faut présenter plusieurs fois un aliment aux enfants, et ce, même s’il n’a pas été bien reçu la première fois. Soyez patient, le processus peut parfois s’avérer très long et demander de 15 à 20 expositions. Attention! Il ne faut toutefois pas saturer les enfants de ce plat! Il est préférable de présenter les mets rejetés environ une fois par mois. Les enfants apprécient les aliments qu’ils connaissent et ils connaissent ceux qu’ils voient souvent. À l’inverse, moins un aliment est familier, plus il suscite de la méfiance.

Même présentation : Présenter les aliments moins appréciés toujours sous la même forme permet aux enfants de se familiariser avec ces mets et d’avoir des points de repère (références stables). En effet, si un aliment se trouve sous diverses formes ou préparé selon différentes méthodes culinaires d’une fois à l’autre, il sera perçu comme nouveau. Une fois les enfants familiers avec cet aliment, les fantaisies deviennent possibles.

Cadre facilitant : Faites en sorte que le climat du repas soit agréable et ne forcez pas les enfants à manger. Les enfants ont tendance à associer le contexte de consommation à l’aliment. Ils doivent garder un souvenir positif du repas si on veut qu’ils soient tentés de répéter l’expérience. En cas de chicane, de pression ou d’autres événements désagréables, les chances sont minces qu’ils changent leur attitude à l’égard d’un aliment.

Modèles : Montrer l’exemple en mangeant le nouveau mets avec enthousiasme. Les enfants acceptent en général plus facilement de goûter de nouveaux aliments en présence d’adultes ou d’amis qui les apprécient. Cela contribue à piquer leur curiosité et à les rassurer (les autres en mangent et sont toujours vivants!).

Participation des enfants : Faites des activités sur le thème de l’alimentation avec les enfants : cuisiner, faites un potager et des dégustations, etc. En étant en contact avec les aliments de diverses façons, les enfants se familiarisent avec eux et les acceptent plus facilement, surtout ceux qu’ils manipulent. Il en va de même quand on implique les enfants  au moment de la planification des menus, ce que les parents peuvent faire à la maison. La participation des enfants ne garantit pas une diminution de la néophobie, mais elle ne peut pas nuire. Quoi qu’il en soit, les activités autour des aliments sont de multiples occasions pour éduquer les enfants et avoir du plaisir avec eux!

Le bon vocabulaire : Mettez des mots sur les aliments, sur leur description et sur leur provenance. Faites des dégustations et dites pourquoi un mets vous plait ou non. Les enfants se familiariseront avec les aliments et seront plus en mesure d’identifier ce qu’ils apprécient ou non, d’exprimer leurs goûts et d’adopter une attitude nuancée (moins néophobique) lorsque de nouveaux plats sont servis.

Gratification des efforts : Félicitez les enfants lorsqu’ils goûtent de nouveaux mets ou des aliments moins appréciés. En voyant leurs efforts reconnus, les enfants seront plus motivés et tentés de renouveler l’expérience.

Ne pas faire

Certaines personnes pourraient être tentées de négocier, insister, mettre des conditions, forcer ou même punir un enfant afin de l’inciter à goûter de nouveaux mets. Cette méthode est fortement contre-indiquée et contre-productive. Elle est tout le contraire d’une familiarisation dans un climat chaleureux, et elle risque de rendre encore plus difficile l’acceptation des aliments en cause.

En milieu de garde

Les milieux de garde fournissent un environnement favorable pour diminuer la néophobie des enfants et contribuer au développement du goût. En effet, l’utilisation de menus cycliques est idéale afin de familiariser les enfants aux aliments en les présentant régulièrement apprêtés selon les mêmes méthodes culinaires. De plus, la présence de nombreux amis et éducateurs/éducatrices lors des repas permet d’inciter les petits réfractaires à goûter aux mets offerts. La présence des éducateurs sur les heures de repas devrait d’ailleurs être utilisée à son plein potentiel en permettant aux enfants de développer leur vocabulaire, de faire des associations justes entre les aliments et les saveurs et de découvrir d’où provient ce qu’il y a dans leur assiette.

 

Date de modification: 18 avril 2013